Le Retour de Marçao : Jour 4, 5, 6 suite – Fume dans les toilettes

La scène du concours de musique que nous avons tournée à la Salle Rustic de Montereau (77) supposait qu’on fasse jouer différents groupes. Il y a deux anecdotes que je voudrais vous raconter à ce sujet.

La première concerne les figurants que l’on voit faire la queue pour entrer dans la salle. Parmi eux, on reconnaîtra peut-être les membres du groupe qu’on voit au tout début du film, lorsque Marçao se promène sur les quais de la Seine, et avec lequel il interprète Captain Seu pour la première fois à l’écran. Ce sont les musiciens de Hero Of The Day, un chouette groupe qui m’a fait l’amitié de venir jusqu’en Seine-et-Marne pour le film.

Pour le clin d’oeil, je trouvais amusant qu’on les retrouve à travers le film. Une sorte de cameo gagesque dont l’objectif est de titiller la curiosité du spectateur, et d’insister sur le côté absurde du film, une absurdité finalement assez en phase avec le monde, non ?

La seconde anecdote concerne le groupe qui joue sur scène au moment où (attention spoiler) Marçao parvient à entrer dans la salle. Que je vous explique…

 

  • La salle de concert est à Montereau. A chaque que je dis que j’ai participé à la création du festival de Montereau on me répond « Montreux ? Mais c’est super connu ! ». Sauf que Montreux est en Suisse et a été créé bien avant ma naissance.
  • Smoke on the Water, la célèbre chanson de Deep Purple, raconte l’incendie du casino de Montreux lors d’un concert de Franck Zappa.
  • Alors je me suis dit : 1+1=2, écrivons une chanson hommage et parodique ! Et voici comment « We all came out to Montreux », premiers mots du tube interstellaire du Violet Profond devient « On est allés à Montereau », et comment l’incendie du casino devient l’incendie de la salle Rustic, tout ça parce qu’un type… fume dans les toilettes (smoke on the water, si l’on veut bien accepter de mal le traduire).

Merci à Timothée Boeda Binant et à son jumeau cosmique Loïc Bétems de s’être prêtés au jeu, et d’avoir accepté d’être les Dick People, alternative loufoque du Deep Purple.
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Et parce que les faux raccords sont trop évidents à l’image, voici les paroles complètes de la chanson. Vous l’aurez voulu.
Et pour ceux qui auraient l’air de l’originale en tête, eh bien… amusez-vous 😉

On est allés à Montereau
Entre la Seine et l’Yonne
Pour enregistrer un morceau
Avant que tout déconne
Un poster de Frank Zappa
Accroché dans les cabinets
Je l’ai roulé pour me faire un joint
Mais j’ai tout fait brûler

Fuuuume dans les toilettes
Mon feu dans la cuvette

Toute la salle de spectacle en feu
Les gens partout qui criaient
Qui pleuraient et qui brûlaient
Et moi je planais déjà un peu
C’était stupide de ma part
Mais je n’avais plus de papier
Il fallait bien que je serve l’art
Déjà que j’étais venu à pied

Fuuuume dans les toilettes
Mon feu dans la cuvette

Marçao Jour 4 – Montereau, le retour

En fait, jours 4, 5 et 6 d’affilée. Nous sommes de retour à Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne. Car non seulement la mairie nous a fait l’honneur de nous autoriser à monter sur la scène du festival Montereau Confluences pour tourner la dernière scène du film, mais en plus elle nous prête sa salle de spectacle, la salle Rustic, pour tourner sur 3 jours l’une des scènes les plus importantes du Retour de Marçao : la scène centrale, celle à partir de laquelle tout bascule. Et comme Marçao est un musicien, c’est assez logiquement lors d’un concert que tout va se jouer.

Une vraie salle de concert… rien que pour nous

La salle Rustic est magnifique, avec ses 400 places assises, 1000 debout, et sa grande scène. Nous sommes accueillis par l’équipe technique que je connais bien, puisque c’est celle qui bosse aussi sur le festival Confluences. Ca fait plaisir de les revoir, et leur énergie et leur amitié me vont droit au coeur.

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(Fabrice Colson a revêtu son T-Shirt Collector pour le tournage 😉 Merci Véronique Sanchez pour la production et l’habillage !)

Notre programme est chargé : il y a de nombreuses séquences à tourner. D’ailleurs on va en oublier deux. La première, nous la tourneront par la suite de façon un peu rocambolesque, derrière une poubelle, pour finalement la couper au montage (la magie du cinéma). La seconde, on la rattrapera avec une pointe de créativité, et un cadrage serré, lors d’une autre journée de tournage, bien plus tard.

Mais bref : il faut qu’on film un concert. En fait, un concours de musique type Nouvelle Star. Pendant ce concours, Marçao va monter sur scène, et tout va basculer. Autant vous dire qu’on n’a pas intérêt à se louper. Mais l’équipe est au complet, tous les étudiants qui m’accompagnent sur ce projet délirant sont là, les comédiens arrivent peu à peu (dont Fabrice Colson, plus ponctuel que jamais, il faut dire qu’il habite à côté). On nous a même affrété des mini vans pour rallier Montereau depuis Champigny et ça c’est la classe. Tout est donc prêt pour mettre en boîte une belle scène de concert.

Tout ? Non. Car sur les 50 à 100 figurants initialement prévus, seuls une poignée a finalement pu être recrutée. Une poignée d’une douzaine (ce qui fait beaucoup de doigts, ça je vous l’accorde). Mais cela ne me désarçonne pas, au contraire : je prends ce manque de troupe pour un double challenge de réalisateur.

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(Donner l’illusion de la foule, sans foule…)

Deux challenges de réalisateur

1er challenge : je me souviens de mon ami Eric Senabre me parlant de son film préféré, Excalibur. Il me disait notamment que la magie du film tenait à ses scènes de bataille, durant lesquelles un tout petit nombre de combattants donnaient malgré tout l’illusion d’une féroce baston et d’une armée aux rangs nourris. Ca m’a marqué et j’y ai beaucoup pensé pour tourner cette séquence de concert. Comment donner l’illusion de la fouler quand il n’y en a pas, de foule ? Plans serrés, contre-jours, il allait falloir ruser, mais c’est ce que je préfère dans le fait de faire des films : trouver des solutions artisanales aux problèmes de cohérence. Et franchement, je suis plutôt fier et satisfait du résultat !

2ème challenge : j’ai 12 figurants pour donner à la fois l’illusion d’un public nombreux, mais aussi pour signifier un nombre important de participants au concours ! Ca implique que les musiciens qui participent et les spectateurs… sont les mêmes. En terme de cohérence justement, on est mal. Par ailleurs, plusieurs scènes montrent l’entrée dans la salle à des moments différents… mais je ne peux pas multiplier les figurants, et chacun est obligé de passer plusieurs fois par l’entrée. Ce qui implique qu’on va revoir les figurants à différents endroits aux mêmes moments, mais aussi à des moments différents.
Je crois que c’est en pensant à ce problème que j’ai réalisé à quel point Marçao devait basculer dans l’absurde. A quel point il y était déjà, en fait, mais qu’il fallait désormais l’assumer. On a après tout un personnage qui parle à son ukulele, et qui dialogue sans problème avec une jeune femme sourde et muette. Il était temps d’enfoncer le clou. Et revoir les mêmes figurants à des endroits différents et de façon impossible ne me choquait plus. Au contraire : cela insistait sur la dimension poétique du film. Je comptais aussi sur l’action elle-même : si le film est bien fait, le spectateur est amené à attacher son attention sur l’action et non pas sur ce qui l’entoure, qui devient simplement un contexte, un décor qui habille avec sens. Vous me direz si sur ce point j’ai réussi mon coup… Quoi qu’il en soit : MERCI A TOUS LES FIGURANTS !!

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Les figurants ont été présents, et géniaux !!

Bon, je me souviens aussi d’un documentaire sur Kubrick où on explique que le réalisateur a parsemé ses films de personnages récurrents en seconds plans. Je n’en suis pas là non plus, mais j’aime assez cette référence.

Pour la petite histoire, j’ai même recruté certains membres de l’équipe pour des rôles plus visibles, comme Amaury, le cadreur, qui oriente la poursuite de lumière sur la caméra pour assurer une transition idéale avec la chanson de Marçao. Qui filmait alors ? Hugo. Qu’on voit ensuite danser pendant la chanson de Marçao, à la place qu’occupait Amaury, qui filmait… vous avez suivi ? Peut-être vous amuserez-vous à repérer tous ces petits détails, et peut-être le film prendra-t-il à vos yeux une autre tournure !

Allez, d’autres anecdotes du tournage demain, pour la suite de cette séquence capitale ! 😉

PS. Je crois que les photos sont d’Elodie Chambrillon. Pas sûr. Si c’est quelqu’un d’autre dites-le moi ceux qui savent !)

Monaco here I come

Jeudi, départ pour Monaco pour le tournage d’un court métrage pendant le salon MAGIC, organisé par Shibuya Productions et mon pote Cédric B-Sky (Big up!).

Cédric me met la pression pour ce film, qui sera tourné PENDANT le salon. Il a fallu concevoir une histoire de quelques minutes qui prenne place au cours de l’événement, et que nous organisions le tournage tandis que le salon a lieu. Sacré challenge.

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Du coup, pour ne pas me rater, je repasse les 9 erreurs classiques à ne pas faire sur un film, recensées par Premium Beat. J’aime bien les gens de Premium Beat, parce qu’ils donnent plein de conseils sur la façon de faire un film (le filmmaking), alors que leur job de base c’est de proposer des musiques (de films). Pas exclu que j’utilise l’une des bandes de leur catalogue un de ces 4.

Bref, voici les 9 erreurs à éviter, toutes illustrées dans l’article judicieux de Jourdan Aldredge. Je les ai toutes déjà faites. En espérant que Cédric ne tombe jamais sur cette phrase. Wish me luck!

1- Oublier son matériel ou ne pas avoir chargé les batteries.

2- Travailler avec des lentilles sales (un jour peut-être vous raconterai-je le tournage de ce qui eut pu être Love Angeles, un court métrage tourner à LA. Avec des lentilles sales. Et une Bolex.)

3- Tourner un plan flou. J’avoue.

4- Ne pas vérifier la balance des blancs (et ne pas apprendre que ça existe).

5- Casser la règle des 180°.

6- Sous ou sur-éclairer son set par absence de lumière additionnelle (ou compter un peu trop sur l’étalonneur).

7- Trop compter sur le stabilisateur en post-prod (« on verra ça en post-prod »).

8- Ne pas prendre le temps d’équilibrer le son (ou ne pas prendre le son).

9- Ne pas exporter correctement les fichiers.

 

Le métier de réalisateur

Je viens de terminer un livre génial, une fondation en soi : Faire un Film, de Sidney Lumet.

Page 271 il y a ça : « c’est plus ou moins à ça que se résume le métier de réalisateur : se battre ».

Et une multitude de pages généreuses, touchantes, essentielles.

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(Big up Cédric Chou Ya-Li ! :))

Journal d’un film guérilla : jour 3

Le 3ème jour de tournage, en plein juillet 2015 à Paris, correspond à la première scène du film. Qui plus est, c’est une scène en extérieur, et je dois en plus gérer des figurants, pour la toute première fois. Autant vous dire que j’ai la pression…

Avec Antony Clément, qui a assuré la première phase de la production, nous avons choisi de tourner sur les bords de Seine, vers l’Institut du Monde Arabe, là où se retrouvent chaque soir des groupes de danse ou de musique. Ca tombe bien : la scène met en présence un groupe amateur, auquel Marçao va demander s’il peut jouer avec eux. Nous sommes donc bien dans le contexte.

 


(Tourner vers le Jardin Tino Rossi, tout un symbole pour nous)

L’objectif de cette scène est de présenter Marçao : personnage étrange avec ses fringues farfelues et son ukulélé multicolore, mais surtout musicien de rue qui joue mal et qui chante faux. Comme scène d’introduction du film, ça me semblait pas mal. Mon idée première était même de présenter cette séquence avant le générique.

Préparation de la séquence

Pour tourner cette scène il me faut donc :

  • mon équipe technique et mon comédien
  • des figurants
  • un groupe amateur
  • une chanson (celle que va interpréter Marçao)

L’équipe technique est peu ou prou celle que j’ai évoquée plus haut, et composée des étudiants motivés et ultra cool.

Les figurants sont soient des amis à moi (merci Alice et Julie, Agnès, Tom et Max !) mais aussi des amis d’Auguste aka Marçao. Et en l’occurence, des amis du groupe amateur que va rejoindre Marçao, puisque les HOTD sont des amis d’Auguste (voir ci-dessous). Vient également se greffer un type qui passait par là, un Suédois héritier des 60s flower powerisées, lui-même n’ayant pas plus de 20 ans. Comment lui refuser de participer ? Le gamin semble nourri à l’herbe, aussi inoffensif qu’un pétale de pâquerette. En plus, à l’écran, il passe bien, pour peu qu’on ne montre pas ses sandales. Drôle de rencontre.

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(Março se la donne grave devant les HOTD)

Le groupe amateur est HOTD (Hero Of The Day). Ils ont une chouette chanson dans l’esprit des groupes de rock actuels, comme Green Day ou les groupes de métal un peu lyriques (ça fait bien longtemps que je suis descendu du train du rock pour prendre le vélib de la bossa nova. Pardon si la comparaison pique un peu :p) Bref : leur chouette chanson s’appelle You and Me Against the Fools. Hell yeah.
(Notons pour l’histoire que le percu au djembé, c’est Fred, mon beau-frère. Et que le djembé est celui que lui a offert Christian, un type vraiment important pour moi et pour lui, et que je suis ravi de faire participer de cette façon dans ce film).

Reste la chanson. Depuis que j’ai imaginé Marçao, j’ai cette idée débile qu’il a un héros, dont on ne sait pas vraiment s’il existe ou pas, et peut-être Marçao lui-même ne le sait plus vraiment, mais il l’a intégré profondément en lui-même et lui a donné vie à travers une chanson qui raconte ses aventures. Un peu comme un superhéros de Comics genre Marvel, un X-Men inconnu mais dont Marçao serait un fan absolu, issu de ses souvenirs, confus mais tenaces. Ce superhéros c’est Captain Seu, version superhéroïque de Seu Joao, un chanteur fictif que j’ai largement adapté de Seu Jorge, mon idole personnelle. Captain Seu serait le Spiderman de Peter Parker Seu Joao, en gros.

Bref : comme Marçao est un personnage lunaire, à la poétique polarisée vers l’absurde et qui n’en a rien à fiche tant il se sent investi d’une mission supérieure, il me fallait écrire une chanson qui révèle ça. C’est ce que j’ai essayé de faire, à partir de 4 accords sur un ukulélé. Vous me direz…

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(Les HOTD avant le massacre)

Le tournage sur les quais de Seine

Bon, nous voilà sur les quais, début d’après midi. Tout le monde arrive à l’heure (ou presque, la prod s’acharne à circuler à Paris en voiture. A Paris. En voiture.) Les figurants ont presque tous trouvé le chemin. Le soleil est au rendez-vous. Ca va le faire.

Il y a quelques précautions à prendre : on n’a pas le droit de filmer un monument de Paris sans autorisation. On n’a d’ailleurs pas le droit de tourner en extérieur à Paris sans autorisation, sauf si l’équipe comprend moins de 10 personnes et qu’on n’a pas de pied pour poser la caméra (je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi. Il faut savoir que ce qui attire le public lors d’un tournage n’est pas la caméra mais la perche du micro. Tout le monde a une caméra. Mais la perche, elle, elle veut dire « ici on fait du cinéma »). Pas le droit non plus, en théorie, de filmer les péniches. Ni les gens, sans leur autorisation.

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(Des figurants extatiques)

Péniche et Production Value

Dans le cinéma indépendant, et a fortiori dans le cinéma guérilla, il y a un principe aussi simple qu’amusant, voire lucratif : la Production Value. Ca consiste à exploiter au maximum tout ce qu’on obtient gratuitement alors qu’on devrait payer des fortunes pour l’avoir. Ca donne au film une dimension plus grande, ça donne le sentiment qu’un gros budget a été attribué, ça améliore la perception que le public en a. En résumé, la production value c’est tout bénéf et il faut en profiter autant que possible sans hésiter. Exemple de production value : la tour Eiffel. Des péniches sur la Seine. Des musiciens talentueux qui jouent pour vous.
Autant vous dire que des péniches, on en a filmé quelques unes, et avec gourmandise.

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(Oh une péniche)

Sur le plateau, l’ambiance est plutôt détendue. Je ne veux pas brusquer les figurants qui sont venus, je ne veux pas donner à l’équipe technique (que j’ai convaincue du sérieux du projet depuis Montereau, mais que je connais encore assez mal) l’image d’un réalisateur mégalomane, je veux que sur le tournage il y ait une bonne ambiance. Donc je suis cool.

On finit un peu tard malgré le soleil de juillet, et la lumière est instable. Mais les images sont plutôt réussies. Les figurants sont restés jusqu’au bout. On les libère après quand même plusieurs heures de tournage (3 heures, de mémoire). On a réussi à se débarrasser du joueur de djembé qui s’est installé comme chez lui (et en un sens il a raison. Mais c’est pourtant pas compliqué de voir qu’on tourne un film et d’aller jouer ailleurs. Que voulez-vous, les joueurs de djembé et moi, ça fait deux…) Les gags fonctionnent, tout s’est bien passé, on plie.

Léger problème technique

Premier souci : mon comédien principal. Attention, je l’adore. Mais dans l’instant de cette scène, il n’a plus exactement en tête les paroles de ma chanson absurde. On refait les prises plusieurs fois, et je lui reconnais ici, devant vous, un talent incroyable, qui est d’oser s’exposer comme il l’a fait devant un public inconnu de passants ahuris.
Néanmoins, il n’a plus les paroles. Et dans l’action, et sans casque, et dans l’euphorie, je ne contrôle pas ça (deuxième souci).

En soi, ce n’est pas bien grave : la chanson est suffisamment absurde pour que l’ordre des couplets n’ait pas de véritable impact. Et on entendra la chanson plusieurs fois dans le film. L’essentiel n’est pas là.

Mais…

Mais l’équipe de son maîtrise encore mal le matériel de location (troisième souci. Encore un et on reforme les Banshees). Et je ne sais plus exactement quoi, mais soit ils oublient de retirer la carte mémoire du magnéto, soit ils n’ont pas enregistré le son au bon endroit, soit autre chose. Ca n’est que le lendemain, en vérifiant les rushs, qu’on se rendra compte qu’on n’a pas de son. Du tout. Rien.

Tirer des leçons de chaque scène

Bon, qu’à cela ne tienne, on enregistrera les pistes son à part, en doublant la vidéo.
Sauf qu’avec les paroles à l’envers, quand on refait la voix, on ne vérifie pas que la chanson est dans le désordre. Résultat : une bonne partie de plaisir au montage, un véritable jonglage, qui m’apprend plein de trucs et nous pousse avec Roberto le monteur à ruser en permanence.

(On refait la prise avec les HOTD pour le son. Et moi au djembé. Un gag en soi)

Je crois comme Godard (en fait, grâce à lui) qu’une bonne scène peut être floue ou cumuler les défauts techniques, tant qu’elle dégage de l’émotion. C’est cela qui compte : l’humain dans le film. Je crois qu’à partir du 3ème jour, j’ai pris cette idée comme fil conducteur majeur de l’histoire, et de l’aventure que nous étions en train de vivre. Cap sur l’humain, fi des écueils techniques. On n’a pas vraiment le choix, alors assumons-le toutes voiles dehors !

Marçao Jour 2 : Fond vert et joues roses

Comment tourner un dialogue à plusieurs mois d’écart ?

Le 2ème jour de tournage du film Le Retour de Marçao consistait à filmer l’un des personnages principaux, Seu Joao (interprété par Anthony De Luca), sur fond vert. L’objectif était de pourvoir incruster son visage sur un ciel bleu, pour en faire une apparition mystique. Pour cela, nous avons profité de l’infrastructure de la société de production audiovisuelle La Room, à Paris, dans le quartier des Halles.

Bon, le vrai enjeu n’était pas la mise en scène (un gros plan fixe), mais le fait que la scène avec l’incrustation soit en fait un dialogue. Bien sûr, le deuxième personnage du dialogue (Marçao) n’était pas présent dans le studio, puisque sa partie de dialogue se fait au bord de la Seine. C’est d’ailleurs l’un des seuls jours de tournage où Auguste Dumay n’est pas présent !

Bolex Vs. écran vert / Anthony De Luca do Brasil

Donc, comment faire pour que malgré l’absence du deuxième comédien qui donne la réplique, on ait une scène crédible et organisée, deux personnages qui se regardent, alors que plusieurs mois vont séparer le tournage des deux parties de la scène ? C’est notre photographe de plateau, le talentueux Guillaume, qui va s’assoir à peu près à la hauteur de Marçao, et lire son texte, pour aider Anthony.

Un film indé, c’est aussi une équipe multi-tâches 🙂

Photos et Corcovado

Nous avons également profité de cette occasion pour réaliser quelques photos de Seu Joao / Anthony qui serviront par la suite à concevoir de fausses affiches de concert, ainsi que des photos de promotion du film. C’est notamment l’une de ces photos, que j’adore, qui illustre la profil de la page Facebook du film ! Nous nous en sommes également servi pour faire figurer Seu Joao devant le Corcovado et son célèbre Christ géant à Rio. Je conserve précieusement derrière mon bureau ce photo montage génial de dérision et de photoshopage (bravo à Véronique, la productrice, pour cette réalisation. Encore un talent multiple :)) Vous la retrouverez dans la chambre de Marçao, au début du film…

Seu Joao à Paris vs. Seu Joao à Rio

La scène avec fond vert n’est à ce jour pas encore montée, dans la mesure où l’incrustation de Seu Joao n’a pas encore été faite. Je ne sais donc toujours pas si ça fonctionne convenablement. Ca fait partie de toutes les surprises que Marçao me réserve encore…

Mais je retiens de cette journée de tournage, surtout, l’atmosphère super agréable dans l’équipe, la motivation, l’implication de chacun (merci encore à tous !!!). Et la tête rose d’Anthony sur les fichiers Raw de la Bolex 🙂 La lumière, c’est aussi tout un art. Heureusement que l’étalonnage va rattraper ça ! (quand je vous parlais de surprises…)

More to Come Soon Mates!

(Photos Guillaume Fromental)

 

Jour zéro : la première équipe

Pour préparer le tournage, et en particulier la première journée à Montereau, il a d’abord fallu réunir toute une équipe technique. Certes j’étais prêt à assumer un maximum de postes, scénariste, réalisateur, cadreur, script, compositeur, etc. (un etc. bien court en définitive, car il y a tout de même pas mal de postes que je ne me sentais pas, et ne me sens toujours pas, prêt à tenir, comme preneur de son ou monteur, sans parler de comédien), mais il valait mieux compter sur des pros, ou des personnes un peu plus expérimentées que moi pour que le film se fasse dans de meilleurs conditions. J’avais d’ailleurs en tête que l’un des intérêts d’un film par rapport à l’écriture d’un livre, c’est l’équipe. Je reviendrai probablement dessus un de ces jours.
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(Une grande et belle partie de la « 1ère équipe » en réunion de préparation de la 1ère journée de tournage. Merci à vous tous !!)

Bref : par l’entremise d’Auguste Dumay, qui interprète le personnage principal du long métrage autoproduit Le Retour de Marçao, j’ai ainsi pu rencontrer une belle team d’étudiants en audiovisuel. Ils avaient ensemble réalisé plusieurs courts métrages dans le cadre de leur année scolaire, et Auguste m’assurait du sérieux et de la compétence de chacun.

Une équipe technique, ça veut dire qu’il faut pourvoir à tous les postes qui participent à la conception d’un film (sans aucun ordre d’importance) :

  • Réalisateur, scénariste (ça c’est fait :p)
  • Chef Opérateur : La personne la plus importante sur un plateau après le réalisateur : il / elle crée l’image, en gérant la lumière, choisit en général la caméra en fonction des besoins du réalisateur, choisit les optiques, etc. Pour Marçao, nous avons le plus souvent tourné en lumière naturelle, et nous avons utilisé les optiques de la Bolex (des Kish à monture C)
  • Cadreur : il / elle se conjugue souvent avec le poste de Chef Opérateur. Il est le garant du bon cadre de l’image. Il tient donc la caméra. Ma Bolex (mon préciiieeeeuuuuux) !!
  • Preneur de son : en général un binôme ingé son + perchman. Le son, comme disait Spielberg, c’est 50% du film.
  • Monteur : c’est la personne qui va récupérer les images pour les assembler et raconter l’histoire. On est en plein dedans en ce moment. C’est chaud.
  • Producteur : la personne qui met de l’argent dans le film, mais qui peut aussi organiser le tournage (on l’appelle alors producteur exécutif), ou aller chercher l’argent. C’est le propriétaire du film à la fin (mais pas propriétaire du scénario).
  • Script : la personne qui clape (souvent), mais surtout qui note scrupuleusement les détails d’une scène, afin d’éviter les faux raccords (les erreurs de continuité d’une scène à l’autre).
  • HMC : Habillage, Maquillage, Coiffure. Très important, notamment parce que la lumière sur un plateau éclaire différemment les visages ! Ce sont aussi les premières personnes à intervenir le jour du tournage : on ne tourne que lorsque les HMC ont terminé leur travail 🙂

Ensuite il y a plein d’autres intervenants, que je détaillerai plus tard.

Ainsi soit-il. Un beau jour d’avril je me suis présenté dans une salle de classe pour faire leur rencontre. Et c’est quasi unanimement qu’ils ont accepté ce projet assez dingue : réaliser un long métrage de fiction. Ca les changeait des films institutionnels qu’on leur proposait à l’école ! Assez immédiatement la discussion a tourné autour de la faisabilité du projet. De ce que ça impliquait en termes de délais, de disponibilité, d’autorisation, etc. Nous nous connaissions depuis quelques minutes et déjà, nous parlions concrètement. C’est à n’en pas douter ce qui m’a tout de suite séduit chez ces étudiants motivés, cultivés, volontaires. J’avais la pression, moi qui étais sensé la leur mettre à eux ! Je n’avais alors qu’une quarantaine de pages de script (on estime qu’une page égale une minute de film). Mais j’ai adoré cette énergie spontanée, créative… Je me souviens d’Hugo disant clairement « Un long métrage, tu mets tes c*** sur la table ! ». Ca en disait long sur leur investissement prochain.

Je cause, je cause, mais je n’en oublie pas leurs noms (sauf à deux ou trois, pardon les gars) ! Les voici donc dans un désordre voulu 😉 Amaury Audoin, Damien Prin, Charlotte Barbé (qui fut la première à accepter de me rencontrer avant de me présenter toute l’équipe), Quentin Ormancey, Hugo Liebling, Antoine, l’autre Quentin, vint ensuite Elodie Chambrillon, puis Ludmilla, et enfin Antony Clément au départ de la production. La productrice finale du film, Véronique Sanchez, n’était pas très loin ! On la retrouvera sur Montereau dans un tout autre rôle, puis plus tard dans le film en tant que comédienne 😉 J’ajoute aussi Kiem Pham au son !

Peu après il y aura Ludivine Philippe notre habilleuse styliste, Jessica Rodriguez notre maquilleuse, puis Manon Delhomme et Ophélie Bazeille qui l’accompagneront. Hélora Moitaux sera assez vite de la partie également en tant qu’assistante de prod et script, et jusqu’au bout puisqu’elle travaille actuellement sur l’affiche ! Plus tard il y aura aussi Flavie Acier et Roberto d’Alessandro au montage !

J’espère n’oublier personne ! Ce serait involontaire de ma part. Merci à tous et toutes pour votre confiance insensée. Comme je le leur ai dit au retour des trois premiers jours de tournage à Montereau : c’est un honneur incroyable qu’ils m’ont fait d’avoir travaillé sur ce film. Et si certains n’ont pas poursuivi l’aventure jusqu’au bout, quelles qu’en soient les raisons, je conserverai toujours la chaleur de leur confiance.