Budget d’un film

Conversations à 24 h d’intervalle.

La première avec un ami producteur. A qui j’expose mon projet de scénario de long métrage et qui me dit que c’est bien beau tout ça (en substance) mais un long métrage c’est au bas mot 3 semaines de tournage et des frais incompressibles de 40 000 €.

La seconde avec un ami comédien et réalisateur qui a tourné un long métrage sur 4 semaines pour 8 000 € donc (seulement) 6 000 de sa poche.

Il y a des solutions à tout.

La confrontation du scénario

Le plus difficile quand on écrit un scénario de film est peut-être d’accepter la critique. On a passé des heures à justifier les actions de nos personnages, et donc incidemment à réduire le champ des possibilités pour ne pas avoir à tout refaire, pour pouvoir garder le contrôle sur leur logique.

Mais voilà que ce qui nous paraissait évident n’est pas forcément expliqué, puisqu’on a préféré justifier ce qui nous semblait plus bancal. Pas forcément expliqué peut vouloir dire « pas forcément clair ». Et à l’inverse, ce qu’on a voulu rendre limpide à force de justification venir forcer lourdement le trait, au risque de dénoncer ce qu’on souhaitait tant cacher : une grosse ficelle.

Il n’y a qu’avec le recul qu’on pourra tirer tout cela au clair. Or le recul est impossible par soi-même, tant les mécanismes auto-justificateurs trouveront les bonnes excuses et refuseront de remettre en question les évidences pour nous éviter de souffrir d’un travail mal accompli, et donc à refaire.

Il faut alors accepter de faire lire son scénario. De le confronter à l’autre. Professionnel ou pas. Et de prendre les critiques, les commentaires, non pas comme une note ni une sanction, mais comme la chance inespérée de lever un lièvre, l’opportunité d’améliorer l’histoire, purement et simplement.

Quand le film sera fait, projeté à des salles entières, il sera impossible de venir expliquer à chacun ce qu’il a mal compris ou pas vu. Il faudra accepter le regard de l’autre, son avis, son émotion, sa sensation. Le film sera fait, et en tant que tel il ne nous appartiendra plus.

Accepter de faire lire son scénario, et accepter la critique qui en découle, c’est la première étape vers ce « lâcher-prise », pour employer un terme à la mode. La seule règle est de bien filtrer les critiques, de les laisser résonner en soi pour identifier les vraies, positives, constructives, progressives, des mauvaises. Faire confiance à l’autre, et à soi, être à l’écoute de l’autre comme de soi.

C’est apprendre à accepter maintenant ce qu’il sera beaucoup plus douloureux d’entendre plus tard, quand on n’y sera pas préparé, et quand il sera impossible de corriger ce qui était pourtant faisable.

J’aurais pu mettre une image mais il est tard.