Journal d’un film guérilla, jour 9 – Dîner de famille

Pour ce 9ème jour de tournage, nous profitons de la générosité d’une famille amie de la productrice, Véronique, et de leur splendide maison en banlieue est. La scène que nous allons tourner est un repas familial. Les enjeux de mise en scène sont classiques : comment rendre dynamique et vivante une situation foncièrement statique ?

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(Marçao au petit déjeuner. Chocolat chaud, céréales, cocktail au curaçao. Cheers !)

Trop de texte tue-t-il le texte ?

Dans Le Retour de Marçao, la « scène du dîner » est une séquence clé : d’une part elle présente la famille du héros, Marçao, et permet de situer le personnage dans un contexte à la fois cohérent (il est en opposition avec ses parents et son frère, et doit donc affirmer son destin malgré eux, ce qui constitue un ressort classique de la comédie), et absurde : la famille de Marçao est complètement barrée. Genre son frère jumeau est black.

Scène d’exposition donc, mais également l’une des étapes charnières dans l’épopée de Marçao, puisqu’à l’issue de celle-ci notre héros doit totalement revoir ses plans, et prendre une décision lourde de conséquences. Autrement dit : il faut faire passer beaucoup d’informations dans cette séquence.

Comme à l’opéra

J’avais construit cette scène comme un récitatif d’opéra : on donne des informations qui font avancer l’intrigue entre deux scènes fortes, deux aria. Il s’agit d’un film sur la musique, ça pouvait passer. Par ailleurs, en « surécrivant » la scène, je pouvais éventuellement scier du texte au montage sans perdre d’information essentielle.

Et c’est ce qui s’est finalement passé : il est difficile de rendre dynamique une scène où tout le monde est assis. On peut parsemer des gags ici ou là, des jeux de mots, des astuces de scénario comme des injections d’absurdité (la voie que j’ai choisie). On peut aussi compter sur des personnages très forts, qui maintiennent l’attention en tant qu’eux-mêmes, presque au détriment de l’histoire : ce qui comptera alors, ce seront les personnages, davantage que ce qui leur arrive. Pensez à Ocean’s 11 (façon Soderbergh, mais également l’original du Rat Pack). On peut aussi multiplier les angles de vue dans l’idée d’un montage ultra cutté (mais je n’avais pas beaucoup d’options dans ce sens, contraint par l’espace de la salle à manger) avec le risque que la scène tourne à la démonstration de mise en scène.

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(Une autre scène à table : toute l’équipe vous souhaite un bon appétit)

Au final, c’est donc par des coupes dans le texte que nous sommes parvenus à un montage plus punchy. Il faut alors faire confiance au spectateur pour qu’il comprenne bien les enjeux des personnages, et surtout penser à répéter les éléments essentiels du scénario plus tard ! Mais on ne peut pas tout avoir : à la fois une scène fluide et vivante dans un contexte où les personnages ne bougent pas, des dialogues suffisamment percutants pour donner de l’énergie pendant toute la durée d’une séquence longue, caractériser plusieurs personnages d’un coup, et en même temps infuser des informations essentielles à la compréhension de l’histoire ! Il faut faire des choix : à quoi sert la scène en priorité ? Puis, comment la rendre vivante ?

Vous me direz 😉

 

 

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