A Vif, court métrage de Guillaume Foresti

Lundi 6 octobre j’ai eu la chance d’assister à une projection de trois courts métrages à Paris, au cinéma Gaumont Marignan sur les Champs-Elysées. Dolça, De Bonnes Sensations, et donc A Vif.

a vif comédienne 2 kate moran comédienne dans le film a vif de guillaume foresti court métrage Kate moran et pierre deladonchamps dans le film court métrage a vif de guillaume foresti

A Vif est un court métrage écrit et réalisé par Guillaume Foresti. Je connais Guillaume depuis peu : par l’entremise d’une amie commune nous avons été amenés à discuter cinéma, et pourquoi pas futurs projets ensemble.

Guillaume m’a rapidement montré ses premiers films. Il m’a expliqué son univers, ses obsessions, ses envies, ses blocages. L’objectif a tout de suite été de pouvoir comprendre son monde pour écrire un scénario qui lui convienne, à partir d’une idée qui intéressait sa productrice. Bref.

Guillaume Foresti travaille sur le réalisme fantastique. Borgès, par exemple. Gabriel Garcia Marquez. Cette façon d’induire de l’étrange dans du quotidien anodin.

A Vif, son dernier film, m’a donné la sensation que Guillaume avait franchi certaines étapes, et pas des moindres : sur l’écriture, déjà. Lui qui se pose comme un faiseur d’image plutôt que d’histoires, pour le coup le voilà qui raconte vraiment quelque chose. La mort de celle qu’on n’aime plus, sa décomposition comme dans l’esprit de celui qui désaime. Le personnage principal, ici interprété par Kate Moran, est en fait le reflet de l’âme de son compagnon, Pierre Deladonchamps, qui ne l’aime plus.

Il ne perçoit plus le toucher, il ne perçoit plus le parfum de sa femme, le goût de ses baisers. Tout s’étiole. Tout disparaît, se détruit dans son esprit. Il ne l’aime plus. A l’écran celui se traduit par une disparition du corps, douloureuse, violente, atroce. Comme une rupture, donc. Et la narration paradoxale (prendre comme personnage principal le fantasme et non le personnage lui-même, inverser la polarité, faire de fantasme un premier plan supérieur en présence à celui dont il émane), est une bien belle idée qui se prête parfaitement aux enjeux du réalisme fantastique. C’est ça, le bizarre, au-delà même du thème et de leur traitement. Et toute la subtilité est de faire du fantastique non pas une finalité, mais une illustration du réel. Pari réussi.

pierre deladonchamps comédien dans le film a vif de guillaume foresti

C’est donc essentiellement sur la qualité et la clarté du discours que selon moi Guillaume Foresti a passé un cap. Mais également sur l’image.

Je me souviens qu’il m’avait avoué son goût pour filmer les mains. Dans ses précédents films, essentiellement tournés en pellicule, j’ai été surpris par des mains brutes, froides, grises, roses, rougeaudes, pas les plus fines, pas maquillées. Je n’ai pas bien compris pourquoi il aimait filmer des mains alors qu’on était aussi loin du glamour. Une main, ça peut être splendide, élégant, lisse, fin, une fleur.

En voyant A Vif, dont la première scène montre une caresse aussi inaboutie que dérangeante, j’ai compris que les mains qui fascinent tant Guillaume ne sont peut-être pas, justement, les plus belles, mais celles qui répondent à son obsession de l’étrange. Ces mains dont on a du mal à comprendre comment elles peuvent être aussi fines et aussi grossières à la fois, cet appendice incompréhensible, d’une mécanique beaucoup trop complexe au bout de ce bras si basique. Une main, ça peut extrêmement déranger. Ca peut faire peur, être totalement incompréhensible. C’est là peut-être que réside la fascination de Guillaume : loin du glamour, oui. Mais si près de l’incompréhensible.

Enfin, le cadre est toujours gênant, à dessein. La dernière scène froide, l’illustre très bien. Décadrer, c’est cadrer l’angoisse, le malaise, l’inconfort. C’est sortir du confort du couple, remettre en question son amour, se retrouver mal à l’aise au milieu d’un univers connu, être gêné par ses contours désormais, ne jamais plus se sentir à sa place. Cela aussi échappait à ma compréhension dans ses premiers films.

Tout cela pour dire quoi ? Qu’une oeuvre comme celle que Guillaume Foresti propose se construit, film après film. Il est passionnant de suivre sa construction, puisqu’elle s’éclaire dans chaque travail, l’un après l’autre. Il ne faut pas avoir peur de ne pas comprendre soi-même ce que l’on fait. L’explication vient au fur et à mesure. Ou jamais, peu importe.

 

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