The Bling Ring : Sofia Coppola dérange

the bling ring sofia coppola emma watson posterGrosse discussion hier soir au Silencio de David Lynch avec le producteur de La Vie Simple, Benoit Pierre (Enormous Pictures), pendant le concert d’Asia Argento, à propos de The Bling Ring, le film de Sofia Coppola avec, entre autres, Emma Watson* (j’aurai rarement autant name-dropé en si peu de mots).

The Bling Ring Vs. Spring Breakers

Car moi, contrairement à à peu près tout le monde, j’ai beaucoup été touché par The Bling Ring.

Si je me mets un peu à la place de Sofia Coppola, je suis juste un peu vert de ce qu’a fait Harmony Korine avec Spring Breakers : même thème de la jeunesse qui rêve de faire partie du monde du spectacle, même dérive adolescente écervelée, même glissement dans le délit ou le crime. Spring Breakers est quand même autrement plus subversif.
Mais les deux films parlent de la même chose : la façon dont le rêve américain, qui passe par l’image, par la mise en scène de sa réussite, attire implacablement les jeunes, pauvres comme riches. Il n’y a pas de fracture sociale à l’illusion télévisuelle. Les jeunes filles paumées de Spring Breakers comme les petites bourgeoises de The Bling Ring n’ont qu’une envie : exister à travers l’image, celle de MTV ou celle de Facebook, celle des clips ou celle des soirées en boîtes de nuit VIP. De là vient la dérive que Sofia Coppola et Harmony Korine mettent en scène. La possession, le matérialisme, les marques signes extérieurs de réussite.

Questions de société

Bref. Ce qui m’a beaucoup plu dans The Bling Ring, c’est d’abord qu’il s’agit d’un film qui parle de notre société : l’impact de Google, la facilité de trouver l’adresse d’une star une fois que Facebook nous a appris qu’elle était loin de chez elle, la simplicité pour obtenir des informations sur sa vie privée… La frontière entre vie publique et vie privée est balayée, les ados le savent mieux que nous, et Sofia Coppola le montre très bien. Moi, pour de multiples raisons, ça me fait pas mal réfléchir.

Ensuite, et surtout, parce que The Bling Ring m’interroge sur ce rêve hollywoodien. Comment ne pas me sentir davantage concerné par les envies d’Emma Watson, moi qui ai reçu à Los Angeles un choc solaire phénoménal ? D’où vient ma propre culture, ma propre envie de cinéma, ma motivation d’écrire des films, si ce n’est d’Hollywood ? En quoi ce rêve n’est-il pas totalement absurde ? En quoi n’est-il pas qu’une illusion, et la frontière qui me sépare de ces ados est-elle si éloignée de moi que cela ? Pas sûr.

Sofia Coppola délaisse le lisse

Enfin, Sofia Coppola n’est plus la réalisatrice de Virgin Suicides. The Bling Ring est tendu d’ironie, voire de cynisme. Le positionnement de la cinéaste n’est pas aussi simple qu’avant. Fini, les personnages droits et les intentions carrées de Lost For Translation ou de Somewhere.
Impossible de résumer en une phrase la psychologie des uns ou des autres. C’est beaucoup plus complexe, on ne peut pas en vouloir à ces gamines et on est obligés de les trouver cruche. De les trouver perdues, elles aussi. Coppola ne prend pas position. Elle montre un système, de façon plus politique que dans ses précédents films. Mais elle sait aussi qu’elle est le système. Et la tendresse qu’elle affiche pour ses héroïnes est perceptibles.

Ce qui rend The Bling Ring particulièrement complexe, insaisissable, envoûtant. Et touchant.

*Oh ! et on aperçoit Kirsten Dunst. Je suis comblé.

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